Le Var face à son alimentation : un sommet pour agir
franckmaus | Publié le |
Se nourrir localement : un défi bien réel pour notre territoire
Au travers d’un défi locavore concret et exigeant, habitants, experts et acteurs locaux ont expérimenté, le temps d’un repas, ce que signifie réellement se nourrir à l’échelle d’un territoire. Une initiative portée par Coopazur pour révéler, sans discours théorique, les enjeux de sécurité alimentaire.
Et si tout commençait dans l’assiette ? C’est le pari de la journée « Mieux manger sur son territoire », organisée par Coopazur, coopérative agricole, dans le cadre de la Semaine du jardinage, un événement qu’elle porte depuis plus de 20 ans à destination des scolaires.
Jardiner, c’est déjà comprendre ce que l’on mange. Et, plus largement, un premier pas vers une question essentielle : comment nourrir un territoire ?
Au cœur de cette journée : un défi locavore bas carbone animé par Stéphane Linou, spécialiste de la sécurité et de la résilience alimentaire. Loin d’un simple atelier culinaire, l’exercice repose sur des contraintes strictes : concevoir un repas à partir de produits issus d’un rayon de 51 kilomètres, pour un coût maximal de 9,50 euros par personne, garantissant une juste rémunération des producteurs. Le tout avec un objectif climatique clair : ne pas dépasser 1,6 kg de CO₂ par convive, un seuil aligné avec les accords de Paris.
Un cadre exigeant, qui transforme immédiatement l’exercice en révélateur. Car derrière la simplicité apparente du défi, une réalité s’impose : notre alimentation dépend largement de chaînes d’approvisionnement longues, souvent invisibles.
« Dès qu’on essaie de construire un menu local avec ces contraintes, on comprend très vite ce que notre territoire produit… et surtout ce qu’il ne produit pas », confie Jean-Paul Decomis, agriculteur en cultures diversifiées à Saint Maximin.
Le défi devient alors un outil pédagogique puissant. Il ne s’agit pas d’imposer un modèle, mais de rendre tangible une question essentielle : sommes-nous capables, aujourd’hui, de nous nourrir localement ?
Le débrief du repas permet d’aller plus loin. Analyse du menu, impact carbone, disponibilité des filières : autant d’éléments qui éclairent les enjeux de résilience alimentaire. Derrière nos habitudes quotidiennes, une dépendance forte aux flux logistiques mondialisés apparaît, avec les vulnérabilités que cela implique.
« Aujourd’hui, 98 % de notre alimentation arrive par les transports », rappelle Stéphane Linou. « En cas de rupture des chaînes logistiques, au bout de trois jours, nous serions en difficulté. »
Dans le Var, cette dépendance prend une dimension particulière. « Le territoire est aujourd’hui assez pauvre en cultures vivrières », souligne Alain Camus, responsable de Coopazur. « On ne va pas mettre du vin dans les cantines. »
L’après-midi, ateliers, rencontres et initiatives locales ont montré que des solutions existent déjà sur le territoire : production diversifiée, circuits courts, éducation à l’alimentation. Autant de leviers pour renforcer progressivement l’autonomie alimentaire.
La journée s’est conclue par une table ronde réunissant experts, agriculteurs et professionnels de santé, confirmant une idée forte : l’alimentation se situe au croisement des enjeux agricoles, climatiques et sanitaires.
Le docteur Christian Recchia rappelle ainsi que « pour 1 euro investi en prévention, on économise 7 euros », soulignant le rôle déterminant de l’alimentation dans la santé publique.
Passer du constat à l’action
Mais au-delà de la prise de conscience, une question centrale demeure : comment agir concrètement ?
Plusieurs pistes émergent clairement. Diversifier les cultures pour mieux répondre aux besoins du territoire, notamment en développant les légumineuses. Reconnecter producteurs et citoyens, en particulier à travers la restauration collective. Structurer des filières locales solides, capables de durer dans le temps. Et surtout, mieux coordonner les acteurs — agriculteurs, collectivités, entreprises et citoyens.
Car une évidence s’impose : relocaliser notre alimentation ne se décrète pas. Cela suppose organisation, anticipation et coopération.
Sur le territoire, cette dynamique est déjà à l’œuvre. La SCIC Materrae travaille concrètement à structurer ces filières, en accompagnant la diversification agricole, en développant des débouchés locaux et en créant un cadre de coopération entre les différentes parties prenantes.
Coopazur, à l’origine de cette journée, s’inscrit dans cette même logique de mobilisation et de structuration à l’échelle locale.
Au-delà des constats, une réalité s’impose : les solutions existent déjà, mais elles doivent désormais changer d’échelle.
Cette transformation ne pourra se faire qu’en élargissant la mobilisation. Acteurs économiques, agriculteurs, collectivités, citoyens : chacun a un rôle à jouer pour renforcer la capacité du territoire à se nourrir.
La dynamique est engagée. Elle reste aujourd’hui ouverte à celles et ceux qui souhaitent s’y associer et contribuer, concrètement, à structurer une alimentation plus locale, durable et résiliente.
Pour en savoir plus ou rejoindre la démarche : Coopazur | SCIC Materrae
À partir d’un simple repas, c’est donc une question beaucoup plus large qui est posée : comment, demain, garantir à tous une alimentation accessible, durable et locale ?
Le sujet est désormais posé.
Reste à construire, collectivement, la suite.